Ils auraient du écraser le Tour de France : Laurent Fignon

C'est sans doute paradoxal de citer le Français et cela risque de faire débat car, avec deux Tour de France, un Giro, deux Milan-San-Remo (entre autres), son palmarès ferait la joie de n'importe quel tricolore actuellement. Mais il faut resituer les choses dans leur contexte. On est en 1983, pro pour sa deuxième saison, Laurent Fignon est aligné pour la première fois sur le Tour de France. Au sein d'une équipe Renault orpheline de son leader Bernard Hinault, touché gravement au genou. Tour de France très ouvert avec nombre d'outsiders, comme Angel Arroyo, Pedro Delgedo, Peter Winnen ou encore Pascal Simon. Ce dernier sera le héros malheureux de cette édition 83. Laurent Fignon, même pas 23 ans, déjoue tous les pièges pour remporter cette édition. Bon à ce moment-là, on peut parler de surprise, mais rien n'indique qu'il dispose alors de qualités pour apposer sa patte sur la Grande Boucle. Mais l'édition suivante, en 1984, va rebattre les cartes. Frustré du dénouement du Giro, où tout à été fait pour favoriser la victoire de Francesco Moser. Laurent Fignon doit composer avec le retour de son ancien leader Bernard Hinault, parti chez Bernard Tapie et la Vie Claire. Ce dernier prend le leadership dès le prologue. Le duel promet d'être fameux car Laurent Fignon termine deuxième. Mais rapidement, l'ancien équipier de luxe prend l'ascendant. Et de quelle manière. Au fil des étapes Renault et Fignon écrasent le Tour. L'écurie remporte dix étapes, dont cinq pour Laurent Fignon. Insolente domination du jeune Français qui n'a que 24 ans à l'époque. Au final, 10 minutes et 32 secondes sépareront Fignon et Hinault à Paris. Un gouffre. Une seule question dans la bouche de la presse à l'époque. Combien de Tour de France va gagner Laurent Fignon ? Et la question mérite alors d'être posée. Dominateur comme rarement un coureur ne l'a été depuis Eddy Merckx, le Francilien peut nourrir un destin comme le Belge. Personne ne semble pouvoir contester sa suprématie.

A moins que la malchance s'en mêle...

En effet, sur un choc anodin en compétition, en début d'année 85, Laurent Fignon déclare une tendinite au tendon d'Achille. Opération avec complications (Staphylocoque). Et c'est le Tour de France et avec lui toute l'année 1985 qui s'envole. Laurent Fignon reviendra, mais ne sera jamais plus le coureur d'avant blessure. La faute à un déficit de puissance dans la jambe touchée, terrible pour un cycliste. Alors, oui il continuera de gagner et de belles victoires, comme la Flèche-Wallonne en 1986, Milan-San Remo en 1988 et 1989 ou encore le Giro en 1989, dernier Français à avoir triomphé sur la course italienne. Mais son histoire avec le Tour de France, qui avait débuté de manière tonitruante, avec deux victoires en deux participations, sera désormais beaucoup plus contrastée. Abandon en 1986, 7e en 1987 incapable de réellement peser sur la course malgré une belle victoire d'étape à la Plagne, abandon en 1988, 2e en 1989 dans les circonstances que chacun connait ici, abandon en 1990, 6e en 1991, 23e en 1992 et abandon en 1993. Jamais il ne réussira à réinscrire son nom au palmarès de la Grande Boucle, laissant ainsi le sentiment d'un talent tronqué par cette sale blessure, assez similaire à celle de Bernard Hinault au genou. Une seconde moitié de carrière marquée par des coups d'éclats, mais quelques redescentes, sans jamais retrouver la constance de ces jeunes années. Comme une blessure jamais vraiment refermée. 

La question mérite d'être posée. Si Laurent Fignon n'avait pas contracté cette tendinite, qu'en serait-il advenu de son palmarès. Son insolente domination en 1984, conjugué à un Hinault moins fort et une nouvelle génération pas encore au point, laisse à penser que le Parisien aurait pu écraser un bon nombre d'année l'épreuve. Au point peut-être de rejoindre les légendes Anquetil, Merckx (Hinault n'ayant que quatre Tour à son palmarès en 1984). Peut-être. Il est impossible de réécrire l'histoire.

Etienne GOURSAUD

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